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Le bokashi ou compost japonais Le bokashi ou compost japonais

Le bokashi ou compost japonais

Texte de Jean Vanhoof. Magazine NEST

A gauche, on a eu recours à du bokashi.
A droite, à du compost classique.
Bokashi est un nom japonais qui signifie littéralement : matière organique bien fermentée. C'est donc une sorte de compost.

Le bokashi commence à faire son entrée dans nos potagers, et c'est une bonne chose. Au Japon, les fermiers et jardiniers fabriquent du bokashi depuis toujours en faisant fermenter du son de riz avec un mélange de bactéries appelées EM1 (EM signifie Effective Micro-organisms). Le bokashi permet d'amender le sol, et surtout de donner une composition micro-organique saine aux sols pratiquement morts. Il est souvent mélangé à des minéraux argileux (bentonite) qui régularisent l'apport de nutriments, ainsi qu'à des coquillages concassés qui règlent la vie microbiologique du sol.

Deux types

En réalité, il existe deux types de bokashi. Le premier est obtenu de manière similaire à notre compost classique, en entassant des matières organiques, un procédé aérobie, donc. La seule différence avec le compost ordinaire est que le bokashi fermenté de manière aérobie contient bien davantage de micro-organismes utiles : plus de quatre-vingts espèces.
Le second type de bokashi intéressant est basé sur la fermentation anaérobie, donc sans oxygène : par l'adjonction de EM1 - un activateur contenant des micro organismes -,les déchets organiques (déchets de cuisine et de jardin) s'acidifient, comme dans l'agriculture, où l'herbe et le maïs sont compactés et mis à acidifier dans un silo pour obtenir un fourrage de grande qualité.
L'avantage du bokashi aérobie est qu'il peut être produit à grande échelle et que le processus est très rapide: il ne faut pas plus de quelques semaines pour disposer d'un produit prêt à l'emploi. Grâce à la fermentation aérobie, toutefois, le mélange atteint des températures élevées, allant parfois jusqu'à 750 °C, comme dans un tas de compost traditionnel. Il est donc logique que l'engrais organique issu d'un milieu aussi chaud contienne moins d'énergie. Dans le cas du bokashi anaérobie, l'énergie et la valeur nutritive issue de la matière organique fermentée sont maintenues, un processus comparable à la fabrication du fourrage en silo.

Contenir les maladies

L'amendement du sol par l'apport de bokashi permet à toute une série de micro-organismes de se fixer définitivement dans la terre du jardin. Les organismes contenus dans le bokashi présentent l'intéressante propriété de dominer les mécanismes de pourriture nuisibles. Le processus part du fait que le sol contient trois groupes de micro-organismes : les «bons», les «mauvais» et les «hésitants». Ce dernier groupe d'organismes «neutres» est très vaste et adopte à tous les coups une position d'attente. Ils collaborent avec les bons ou les mauvais organismes dès que ceux-ci deviennent actifs à proximité. Il s'agit donc de les pousser du côté des «bons». Ainsi, après l'apport de bokashi, la vie microbiologique dans la terre est dominée par les bons organismes et leur suite, qui surclasseront les mauvais.
Les micro-organismes présents dans le bokashi vont se multiplier très rapidement. Le groupe neutre, qui prenait parti pour les moisissures et bactéries nuisibles (vecteurs de maladies) dans un sol malsain, collabore à présent avec les micro-organismes EM efficaces et utiles (appelés désormais EMA, avec le A d'active). La terre du jardin se transforme ainsi en un sol sain qui freine les maladies.
Ces micro-organismes positifs fabriquent à partir du bokashi des nutriments précieux pour les légumes du jardin. Ceux-ci se développent plus vite, sont plus vigoureux et plus sains. Cette symbiose entre les organismes du sol et les cultures est la clé du rendement maximal du potager.
Avant la découverte d'EM par le professeur Higa à l'université japonaise d'Okinawa, il était admis que seuls les organismes aérobie étaient «bons», et que les organismes anaérobies étaient «mauvais». Or, on sait à présent que les deux groupes d'organismes contiennent à la fois des agents pathogènes (vecteurs de maladies) et des agents qui freinent les maladies.

Quels sont les «bons» organismes?

Les lactobacilles : ils ont une action stérilisatrice, ils repoussent les moisissures (comme le Fusarium) et bactéries nuisibles.
Les ferments : ils fabriquent des substances de croissance utiles. Les produits de leur métabolisme nourrissent en outre les lactobacilles.
Les actinomycètes : leur importance est capitale! Ils repoussent les moisissures et bactéries nuisibles.
Les bactéries photo synthétisantes : elles travaillent en surface et se servent de la lumière solaire et de la chaleur de la terre pour, entre autres, fixer l'azote. Les légumes assimilent directement les produits métaboliques de ce groupe!
Les moisissures: de fait, il en existe d'utiles. Elles assurent une fermentation rapide des matières organiques et empêchent les attaques d'insectes nuisibles.

Comme le bokashi est une matière vivante, son mode d'action n'est pas comparable à celle d'un antibiotique ou d'un produit chimique. Il augmente la population de micro-organismes favorables dans la terre, un résultat impossible à atteindre avec des engrais ou des produits phytosanitaires chimiques. Utilisé à l'excès, l'engrais de synthèse a même pour effet d'augmenter l'acidité ou le taux de sel dans l'environnement. Le bokashi, en revanche, permet progressivement (au bout de quelques années) d'assainir le sol.

Fabriquer du bokashi pour son propre potager

Vous pouvez fabriquer du bokashi avec tous les déchets organiques, quels qu'ils soient: restes végétaux, adventices broyées, fumier de chevaux, de poules, de pigeons, de moutons ou de vaches, mais aussi tontes de gazon, foin ou déchets de cuisine végétaux. L'idéal est de combiner différentes sources organiques. L'expérience a démontré que c'est en mélangeant au moins trois types de matières organiques que l'on obtient les meilleurs résultats.
Un produit de base appelé «activateur de bokashi» a été conçu pour aider le jardinier à fabriquer son propre bokashi. Ce produit contient du son de blé fermenté au moyen d'EMA. On trouve même sur le marché un seau spécial qui permet d'éliminer l'excès de liquide pour éviter que le bokashi ne s'agglutine. Ce seau permet de fermenter ses propres déchets de cuisine.
Le mode d'emploi est très clair. Mieux vaut intégrer le bokashi dans la terre du potager deux semaines avant de semer les légumes. Vous pouvez aussi vaporiser les EMA directement sur le sol et les légumes sous forme de solution aqueuse (1:100).

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